Faut rigoler.

FAUT RIGOLER.

Je sais pas parler. Je sais pas parler aux gens, je veux dire. Je sais pas communiquer. Bien communiquer.

Communiquer.

Prenons le mot « prout ». Chacun ira de sa propre interprétation. Alors qu’à la base, moi je voulais juste dire un truc plus profond. Mais d’une, je ne sais pas m’exprimer comme ça. Et deux, même si je savais, les gens interpréteraient quand même à leur sauce.

Bref, quand tu te fais pas comprendre, ça fait chier. Rejet. Incompréhension. Malaise. Du coup, je déconne.

Le sixième sens.

Je ressens des trucs chez les gens. Je sais pas mettre un nom sur ça. C’est mon sixième sens. Mon cosmos pas trop exploité. J’en suis qu’à la saison 2, disons. Appelons ça l’empathie, à défaut. Mais ça, je crois que c’est l’apanage de chacun. Certains en ont plus conscience que d’autres. Et c’est pas toujours facile à vivre. Des fois, j’ai l’impression d’entrer dans les gens. De ressentir leur aura. Jadis, dans l’ancien temps, on disait que les artistes lisaient l’âme des gens en les regardant dans les yeux. Moi ça ma fait fait flipper qu’on lise en moi. Qu’on ressente ce que je ressens. J’ai depuis toujours rêvé de porter des lunettes de soleil. Non stop. Je serais inviolable. Mais ça créerait encore un fossé. Du coup, je déconne.

L’humour, c’est génial.

L’humour c’est génial. En passant ma vie à voir en boucle plusieurs humoristes, j’ai appris qu’il y  avait mille et une façon d’exprimer un sujet de mille façons différentes. Mille et une façon d’être compris par un public assez large. De les faire rire. De les faire réfléchir. Ou juste pour leur permettre d’oublier les soucis du quotidien. L’humour c’est génial. Il a plusieurs visages. Comme les gens. Pour la même blague, les gens rient à un degré différent. Ceci m’a appris qu’on pouvait tenter de décrypter une personne en adaptant un humour type en fonction de sa personnalité. Le problème qui en découle, c’est que, face à un public réduit à une personne, l’humour peut être une technique dangereuse. Dans ce cas de figure, tu peux risquer de ne pas te faire comprendre par l’autre.

Solution : s’adapter à la fréquence humoristique de l’autre, et ce, avec l’appui de mon cosmos. Et pour cerner l’autre, sa façon de réagir, de rire, d’être tout simplement, j’ai trouvé une technique assez efficace. Passer pour un con.

Passer pour un con.

Chercher la déconne, feindre le liais, te faire découvrir la nature de l’autre. Son type d’humour, sa façon d’y réagir. Sa façon de comprendre les choses. Le plus souvent, il a trois cas de figure :

1 – Ceux qui se sentent supérieur à toi, qui en profitent, ou qui peuvent te snober, voire, te détester.
2 – Ceux qui ne comprennent pas mais qui ne demandent pas mieux. Du coup, je persévère, ou je change de fréquence humoristique.
3 – Enfin, il y a ceux qui comprennent rapidement que tu joues. Et qui peuvent jouer avec toi.

Avec ces gens-là (3), j’ai tendance à me sentir en sécurité. Je me sens accepter, exister. Libre. Du coup, c’est cool : ça me permet de tester pas mal de trucs humoristiques différents, de m’exprimer de différentes manières, un délire, un point de vue… pendant que je ne leur causerais jamais de tort puisqu’ils savent que je déconne. Mais malheureusement, parfois je les brusque, les heurte, les blesse. Fais chier.

Je suis pas gentil.

Je suis pas gentil. Ça me gave quand on me dit que je suis gentil. « Trop gentil, trop con », disait ma mère. C’est sûrement à cause de l’avoir entendue me rabâcher ça toute ma vie que j’aime pas qu’on me dise que je suis gentil. Pour moi, c’est pas gentil d’aider les gens qu’on aime bien. C’est normal. Quand ces personnes ont des problèmes, je peux pas m’empêcher d’essayer de trouver des solutions.

Une fois, quelqu’un m’a dit que les gens, parfois, veulent juste parler. Sans chercher à être aidé. J’ai du mal à le comprendre ça. Quand quelqu’un me confie ses soucis, j’ai envie d’agir. Je ressens sa peine. Le cosmos, tout ça, tout ça. Et puis j’ai toujours voulu être un super-héros. Mais je suis qu’un super-zéro. Ça va, ça va, je déconne.

Sourire.

Tout le monde a perdu des choses qui étaient chères, vécu des trucs pas cools. Et malgré les efforts, on n’arrive pas tous à devenir heureux, à accéder au bonheur. On veut juste plus y penser, oublier. Du coup, moi j’essaie de rigoler comme je peux. De m’amuser avec les gens réceptifs à mes conneries. Avant de crever. En évitant de les blesser. De les contaminer. Et pour ça, faut pas trop que je reste près d’eux.

Alors je reste près du soleil. Le soleil, selon là où tu vis, tu peux presque toujours compter sur lui. A défaut d’en avoir dans la tête, tu peux l’avoir en pleine gueule. Ça réchauffe. Ça me fait sourire. J’aimerais en profiter parfois pour faire le point, parler avec moi-même. Mais je peux pas. Je sais pas parler.

Ça reste entre nous.
Jérôme Morel
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By |2019-01-13T16:04:28+00:00novembre 24th, 2018|BD à lire|0 Comments

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