CLOU.

Clou, elle aime pas les câlins. Elle fuit les bisous, préfère partir dans son coin.
Elle aime pas quand je la prends trop à bras. avoir sa patte sous mon doigt.
Clou, elle a peur pour un rien, un peu de moi aussi sûrement. Toujours à l’affut. du moindre événement, du moindre mouvement.

Le soir, elle me regarde souvent durant de longues minutes. Je la dévisage alors à mon tour. Et puis, avec je discute.
Je cligne des yeux pour la rassurer. Lui dis qu’elle est belle, qu’elle peut venir à mes côtés.
Mais elle bouge pas. Elle reste plantée là. Elle me regarde faire tout et n’importe quoi.

Clou, elle a plusieurs noms. Des fois, je les lui improvise en chanson.

Clou c’était une petite chatte abandonnée, alors je l’ai récupérée. Je me suis amusé à lui trouver un nom féminin, mais pas trop humain.

Le clou, c’est la partie la plus attrayante d’un spectacle. Et La vie, c’est une pièce qu’on joue qu’une fois. C’est comme ça que je l’ai baptisée, et je la regarde jouer, avant qu’elle soit plus là.

Clou a un griffoir. Mais elle s’en fout, elle plante ses griffes partout.
J’ai essayé de l’engueuler, de l’amadouer, mais clou s’en fout.
Je lui ai précisé que je me battrais toute ma vie contre ça.
Qu’elle aura pas le dernier mot, que celui qui décide c’est papa.
Mais clou s’en fout. Elle plante ses griffes partout.

Côté tendresse, madame a ses humeurs. Elle réclame des câlins mais à ses heures.

Clou aime bien courir après le laser. Tendre des élastiques. Rattraper des bouchons de bouteille. C’est ce qu’elle aime bien faire.
Elle aime pas trop les cadeaux, ceux qu’on achète, ceux qu’on trouve biens, ceux qu’on trouve beaux.
Elle préfère les cartons usés aux paniers dorés.
Acheter pour elle, c’est gaspiller.

Des fois, quand je suis déprimé, j’aimerais m’asseoir à ses côtés, et la caresser. Mais souvent elle ne veut pas, et fuit sous le canapé.

Quand je sors travailler, que je dois la laisser, je me dis qu’elle va s’ennuyer.
J’aimerais bien qu’elle ait un petit frère, une petite soeur avec qui jouer.

Je préférerais qu’elle sorte ailleurs que sur le balcon. Mais comment lui expliquer que le monde est rempli de cons.
Que des gens vont la chasser, ou la traquer, voire l’empoisonner, ou même l’écraser…
Que des gens dehors sont mauvais, qu’il y a pas mal d’enculés de dangers.

Parfois, comme je l’entends jamais ronronner, je me demande bien ce qu’elle peut penser.
Si son papa fait bien son job, s’il est pas trop mauvais.
Si malgré tout, il est pas trop absent, pas trop distant, pas trop maladroit.
Si elle serait pas mieux toute seule, ou avec d’autres gens, dans un tout autre endroit.
Et puis je me retourne, et je vois clou. Tout près de moi.

Ça reste entre nous.
Jérôme Morel
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