Une minute de silence.

Si je devais résumer ma jeunesse en quelques sons, ce seraient des cris. Des hurlements. Des portes qui claquent, des pleurs. Un gros vacarme sonore polluant.

Bien plus tard, dans la chambre de ma première maison, les parois étaient très fines. Du coup, mon sommeil était souvent perturbé par mes voisins. Je les entendais discuter, crier, baiser, monter et descendre les escaliers…

J’ai ensuite emménagé dans un appartement, au 4ème étage. Pour la vue. Mais c’était une rue passante, avec beaucoup trop de voitures qui me réveillaient très tôt, vers 6h du matin. Il y avait aussi le coq, ce con de voisin qui arrosait tout le temps son jardin, ou les chiens du quartier qui aboyaient à longueur de temps. Ils étaient toujours privés d’intérieur, et se subissaient d’autres formes de maltraitance.

Du coup, j’ai dû apprendre à dormir avec des boules quies. Mais passées quelques heures, ça fait super mal aux oreilles. Et ça ne couvre jamais vraiment toute la pollution sonore. Je les utilise aussi quand il m’arrive de sortir en soirée, ou dans des endroits où la musique est tellement forte qu’elle parvient à couvrir le son des conversations. Mais des fois, je les oublie. Alors quand la soirée se termine, j’ai très mal aux oreilles.

Je connais des personnes qui ont des acouphènes. La plupart d’entre eux les ont déclenchés lors de concerts, ou par des traumatismes psychologiques. Ces gens-là souffrent horriblement au quotidien. Y’en a qui me disent que le pire, c’est avant de s’endormir. Ils entendent constamment un son strident dans leur tête.Tout le temps. A vie. Y’a pas de vrai remède pour ça, car les tympans, ça ne se répare pas. J’avais même un ancien collègue qui aimait peindre. A cause des acouphènes, il a dû arrêter. Ca me fait super flipper les acouphènes. Alors pour éviter que ça m’arrive aussi, je fais attention à tout qui pourrait m’en déclencher. D’où les boules quies.

Récemment j’ai emménagé dans une maison. Dans une petite ville, à la campagne. Dans ma chambre, je n’entends plus de chiens, plus de cris, plus de voiture. Sauf un petit bruit continu. Un putain de bruit qui provient de je ne sais où. Une sorte de bruit de fond, une ventilation, une aération, une machine qui provient de la maison d’à côté… j’en sais rien. C’est très léger comme bruit, mais lorsque je ferme les yeux, je n’entends que ça. Du coup, je remets parfois mes boules quies inconfortables (et je vous parle pas de la putain d’antenne parabolique du voisin qui fait un bruit monstrueux quand y’a de fortes rafales de vent) (et de l’église du village qui sonne toutes les demi-heures).

En été, j’aime bien aller dans un parc pour m’allonger dans l’herbe. Pour me reposer, souffler un peu. Goûter au soleil qui chauffe sur ma peau et profiter du silence. Mais le silence, ça n’existe pas.

J’aime bien marcher en forêt. La forêt c’est le calme, la paix… mais le silence, ça n’existe pas non plus ici.

Pour apprécier le soleil sur ma peau, la plage c’est top. c’est reposant. ou presque.

Quand je bosse chez moi tout seul, j’aspire à trouver la tranquillité sonore. Alors il m’arrive parfois de bosser sans musique. Mais il y a le bruit de fond du pc.Et il arrive qu’en fin de journée, je l’entends encore dans ma tête.

Dans la voiture, c’est pareil. Je ne mets presque jamais de musique pour conduire. Il y a déjà le bruit du moteur et des autres véhicules qui me polluent le cerveau. Et quand je suis passager, il y a souvent le conducteur qui a besoin de musique ou
d’écouter les infos. Mais souvent le son des radios grésille, ou bien n’est pas suffisamment agréable pour être audible longtemps. Mais je ne veux pas être égoïste alors j’évite le sujet et je subis ce douloureux mélange de pollution intérieure et extérieure.

Le p’tit déj’ c’est un des moments les plus sympas. Je me lèves tranquille, je déjeune peinard.Dans le calme. J’ai pas de gosse pour me faire chier, j’entends aucun proche crier, me stresser inutilement, me parler pour me faire parler. Je souffle et je me
réveille petit à petit. Mais mon attention sonore se réveille aussi et perçoit des sons extérieurs qui gâchent ce petit moment de silence et de paix.

Pour tenter d’accéder à cette paix intérieure, il m’arrive parfois de méditer. C’est difficile à tenir comme position, mais méditer ça apporte parfois un sentiment de bien être. J’écoute ma respiration. C’est sympa, mais c’est pas encore le silence. Et ici aussi, on est parfois dérangé. Alors il m’arrive de remettre mes boules. Quies.

Des fois j’arrive quand même à percevoir un peu de silence dans ma vie. Ecouter le vide. Mais le vide est un son éphémère qui ne dure jamais très longtemps. Et lorsque dans ces moments là je tends l’oreille, je surprends un ou des parasites sonores
qui viennent tout gâcher. Et je comprends que je me suis fourvoyé, que le silence n’était qu’une illusion.

Un jour je vais mourir. j’entendrais plus rien. Je pourrais même pas profiter de ce silence aussi inquiétant qu’éternel car je serais privé de mon sens auditif. Y’a que dans la mort où les humains tentent de s’accorder le silence. Mais faut pas déconner, même s’il n’est pas total, il ne doit pas durer plus d’une minute. Un silence de façade qui ne profitent qu’aux vivants, finalement. Le vrai silence, il sera pour moi. Sauf que je le saurais pas. Une minute de silence. C’est le maximum que les gens acceptent de s’accorder. Le silence c’est un peu comme le bonheur en fin de compte. Quand tu l’as, tu le sais pas vraiment. ou pas du tout.

Je pourrais sûrement jamais trouver un très long silence de mon vivant, dans le réel. alors je vais me l’accorder dans cette histoire. Je vais m’accorder une belle page blanche de silence. Je vous prierais de l’observer avec moi, attentivement. Durant une minute. Ici et maintenant. Observons une vraie minute de silence.

 

 

 

*Prout*
– Pfff… Putain…

 

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